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L'allongement de la durée de la vie (déc 1999)

Date de parution : 9 décembre 1999
Thématique : Santé & Social
Commission : Sanitaire et sociale
L'enseignement supérieur PDF

L'allongement de la durée de la vie

L´allongement de la durée de la vie est une conquête, fruit des progrès sanitaires et sociaux accomplis depuis un demi siècle. Il induit aussi une sensible évolution de l´équilibre intergénérationnel, de l´organisation de la société et de notre conception même du cycle de la vie. L´ambition de cette étude est de faire prendre conscience des potentialités que représente pour l´avenir cet accroissement de la longévité afin, dès maintenant, de se préparer à en gérer les conséquences, pour en tirer le meilleur parti.

 

Nous vivons de plus en plus vieux. Nul ne se plaindra des progrès de la médecine et de l'amélioration constante de nos conditions de vie qui nous font gagner de précieuses années. L'allongement de la durée de la vie n'est pas sans conséquence sur l'organisation de la société et sur notre conception même du cycle de la vie. Le Conseil économique et social des Pays de la Loire fait un bilan prospectif de ce phénomène de société et demande une meilleure prise en compte des besoins des habitants de la Région, que ce soit pour l'hébergement dans les institutions ou le maintien à domicile des personnes âgées.

La révolution de la longévité: un phénomène majeur

En 50 ans, l'espérance de vie à la naissance a augmenté en France de 15 ans pour les hommes (59,6 ans en 1946 - 73,9 ans en 1995) et de 17 ans pour les femmes (65,2 ans en 1946 - 81 ,9 ans en 1995). Cette augmentation devrait se confirmer durant les 20 prochaines années pour atteindre en 2020 environ 79 ans pour les hommes et 87 ans pour les femmes.

Non seulement nous gagnons en moyenne un trimestre d'espérance de vie tous les quatre ans, mais ces années gagnées vont de pair avec une qualité d'existence toujours supérieure. Les chances d'un "vieillissement réussi" peuvent être accrues, notamment, grâce à la prévention. De nombreuses expériences régionales sont intéressantes sur ce point: les ateliers mémoire, le suivi médico-social, les campagnes d'information et d'éducation à la santé... Cela dit, des inégalités demeurent. Ainsi, la plupart des personnes de plus de 85 ans sont des femmes. La catégorie socio-professionnelle entre aussi en compte: à 35 ans, l'espérance de vie d'un manœuvre est inférieure de 8 ans à celle d'un professeur.Sous le triple effet de la faible fécondité, du vieillissement des classes nombreuses du baby-boom et de l'allongement de la durée de la vie, l'équilibre démographique de la région va sensiblement évoluer dans les prochaines années. A l'horizon 2020, les moins de 20 ans ne représenteront qu'un peu plus de 20 % des Ligériens (contre 30 % en 1982), alors qu'à l'inverse, les plus de 60 ans représenteront 30% de la population régionale (20 % en 1982). Dès l'an 2000, et pour la première fois depuis 1945, les Pays de la Loire auront une population plus âgée que la moyenne nationale.

L'avenir: une chance, si l'on s'y prépare

"Un homme de 60 ans est maintenant aussi vert qu'un quadragénaire d'avant guerre, mais nos images sociales de la vieillesse sont toujours les mêmes", souligne la sociologue Claudine Attias-Donfut (1). L'image souvent négative du vieillissement de la société mérite donc d'être corrigée car l'allongement  de la vie ouvre des potentialités inconnues auparavant. Les retraités et personnes âgées pourraient encore davantage qu'aujourd'hui être des acteurs de la société, notamment dans le cadre du renforcement de la cohésion sociale, au travers du soutien familial et de l'activité associative.

C'est, en fait, plus la perspective de l'évolution négative du ratio actifs / inactifs et ses conséquences que l'existence ou non d'un vieillissement réel qui provoque des craintes dans l'opinion publique. En 2040, on estime que la part des dépenses consacrées à notre système de retraite devrait représenter 15,8 % du PIB contre 12,1 % en 1998. Le CESR se demande s'il est raisonnable de penser qu'une société développée comme la nôtre est incapable d'absorber cette redistribution des richesses en faveur des retraités. Il faut donc envisager des solutions. Faudra-t-il étendre l'assiette de financement à l'ensemble des éléments constitutifs du produit intérieur brut? Tout en assurant la pérennité du régime actuel de retraite par répartition, faudra-t-il favoriser l'épargne des ménages en élargissant aux salariés du secteur privé l'accès à des régimes de retraite complémentaire facultatifs par capitalisation. En fait, l'avenir de nos retraites dépend surtout du niveau de la croissance économique future.A moyen terme, la perspective d'une vie plus longue doit permettre d'imaginer un cycle de vie plus souple, adapté aux aspirations de chacun et source d'une meilleure qualité de vie. Le travail pourrait alterner avec des périodes de formation, concrétisant ainsi l'objectif de « la formation tout au long de la vie ». Le temps consacré à la famille, à la vie sociale et aux loisirs pourrait être accru. L'organisation ternaire de la vie, formation travail- retraite, pourrait évoluer vers une autre répartition des activités, de l'emploi, de la formation, du temps libre, permettant d'inventer un nouveau cycle de vie.

Les priorités d'une politique en faveur des personnes âgées

L'aspiration première des personnes âgées est de demeurer à leur domicile le plus longtemps possible. Aujourd'hui, en Pays de la Loire, plus de quatre personnes sur cinq âgées de plus de 80 ans et la majorité des personnes dépendantes vivent chez elles. Pour réussir cette vie à domicile, mieux vaut disposer d'un bon environnement de proximité, d'un logement adapté, d'un entourage présent et de services compétents.
En ville comme en milieu rural, les politiques d'aménagement doivent prendre en compte les besoins de nos aînés en portant une attention particulière à l'accessibilité: espaces pensées pour les personnes à mobilité réduite, implantation d'une offre de services de proximité, logements adaptés (suppression des marches, barres d'appui, élargissement des portes, douches sans marche, domotique)...

L'une des clefs de la réussite du soutien à domicile réside dans la présence d'un entourage familial, voire amical, auprès de la personne âgée. Pour les familles, s'occuper de son ou de ses parents âgés est une tâche très lourde. L'aide aux aidants est donc une nécessité. Elle passe notamment par le développement de centres d'accueil temporaire ou par la création d'un congé de solidarité familiale.

Parallèlement à l'entourage, de nombreux intervenants participent au soutien de la personne âgée à son domicile: médecin, infirmière, aide ménagère, garde à domicile, services de proximité, etc. Il convient de faciliter l'émergence sur le terrain de réseaux de coordination de proximité autour de chaque personne âgée et de son entourage, afin d'optimiser son suivi et de réagir à la moindre alerte.

Les établissements d'accueil devront aussi être aidés pour assumer leurs nouvelles fonctions. Avec ses 43 000 lits répartis pour l'essentiel entre les maisons de retraite et les foyers-logements, les Pays de la Loire disposent d'un des meilleurs taux d'équipement (205 lits pour 1 000 personnes âgées de 75 ans et plus, contre 150 sur le plan national). Des efforts importants d'amélioration de l'accueil ont été réalisés depuis quinze ans, mais, désormais, c'est sur la diversification des structures d'accueil et l'adaptation des équipements  qu'il faut insister. Les pensionnaires sont en effet de plus en plus âgés et handicapés. Les personnels ont donc besoin de qualifications nouvelles, notamment en termes d'accompagnement de la vie jusqu'à la mort.

Plus globalement, il convient de réaliser un important effort de formation des médecins, des autres intervenants professionnels ainsi que des bénévoles qui animent le vaste secteur associatif afin de les préparer à faire face à l'évolution du profil des personnes âgées.

Permettre le plus possible aux personnes âgées d'être les acteurs de leur propre vie, tel doit être l'objectif d'une politique en leur direction. Pour le CESR, cela nécessite la création d'une véritable prestation autonomie destinée à prendre en charge les conséquences de la maladie et financée dans le cadre de la protection sociale et non plus de l'aide sociale.

La perspective d'une évolution de l'équilibre démographique de notre société n'est pas la catastrophe annoncée par certains. Elle nécessite simplement que l'on s'y prépare. Comme le dit le rapporteur dans sa conclusion, "notre avenir reste conditionné par la capacité de notre société à se renouveler".

(1)Entretien à "Ouest-France" daté du 27-28 mars 1999.

 
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