Date de parution : 23 mars 2001 Thématique : Aménagement du territoire
|
 |
Quelle attractivité pour les régions atlantiques à l'horizon 2015 ? Quels facteurs pourraient jouer demain un rôle significatif dans l'attractivité des territoires et comment les régions atlantiques pourraient tirer parti de l'évolution de ces facteurs pour devenir plus attractives ? Les CESR des régions Basse- Normandie, Bretagne, Pays de la Loire, Poitou-Charentes, Aquitaine montrent que la création de nouvelles conditions d'attractivité, répondant aux facteurs d'attractivité de demain, implique de s'appuyer sur les opportunités liées à la coopération interrégionale. Neuf domaines de coopération interrégionale sont proposés, à partir de quatre scénarios prospectifs.
L'attractivité actuelle des régions atlantiques
C'est-à-dire leur capacité à attirer et à retenir les entreprises et les populations, s'analyse au regard de six facteurs.
L'environnement économique, technique et financier
Avec 21% de la population nationale, les régions atlantiques rassemblent plus de 12 millions d'habitants. L'environnement productif des régions atlantiques est assez dynamique, comme en témoigne l'existence de pôles d'excellence qui ont fortement progressé ou sont en cours de recomposition, dans les domaines de l'information et des télécommunications, de l'agro-alimentaire, des produits et activités liés à la mer, des secteurs de l'aéronautique, du nautique et de l'armement, des activités de santé, de l'automobile et du secteur des services aux entreprises et aux particuliers. Le potentiel de recherche et développement apparaît trop modeste, tant du point de vue du nombre d'enseignants-chercheurs, que des demandes de dépôts de brevet qui montrent la faible capacité d'innovation des régions atlantiques, comparées aux régions PACA, Rhône-Alpes ou aux régions de la "Banane bleue" européenne.
Les ressources humaines
Les régions atlantiques présentent une offre de formation diversifiée et de qualité, se distinguant par un taux de non diplômés plus faible que dans la majorité des autres régions françaises. La qualité générale de la main d'oeuvre est un atout reconnu, y compris dans les secteurs de pointe.
L'organisation et le jeu des acteurs
La bonne organisation globale des acteurs des régions atlantiques s'exprime par la capacité de travailler ensemble, très nette en matière de coopération intercommunale, de prospection des investissements étrangers, dans différentes formes de coopérations interrégionales (entre Universités, entre laboratoires de recherche, ...) et dans l'apparition de nouvelles structures de négociation entre partenaires sociaux. Le respect des engagements et des contrats, la sécurité des biens et des personnes constituent en outre des points forts.
La présence de réseaux d'accessibilité diversifiés et organisés
L'enclavement des territoires atlantiques est en cours d'atténuation. L'architecture des réseaux et de services est encore aujourd'hui à dominante radiale, en direction de la région parisienne. Toutefois les liaisons transversales routières se développent le long des estuaires. Le transport ferroviaire s'est développé beaucoup plus lentement et les régions atlantiques disposent d'aéroports de fréquences et de rayonnement très inégaux. Les infrastructures de télécommunication y sont en cours de développement (liaisons haut-débit) et les plate-formes logistiques sont à renforcer. En matière de transport maritime, les échanges sont encore trop faibles et peu exploités.
La qualité de vie
Les régions atlantiques offrent une qualité de vie positive, malgré des problèmes de pollution. La diversité et la richesse des espaces naturels et littoraux contituent un facteur d'attractivité marquant pour les actifs comme pour les retraités et les étudiants. Les services aux personnes et les offres culturelles et de loisirs apparaissent également attractifs.
L'image des régions
Le regard porté sur une région est bien souvent d'abord celui qui est porté sur sa principale métropole, mais aussi sur ses excellences sectorielles. La notoriété de ses entreprises, la perception de la qualité des espaces naturels et urbains, la valorisation de grands projets d'intérêt régional sont porteurs d'images de dynamisme. De même, le caractère maritime et littoral des régions est associé à des perceptions positives.
Quatre scénarios prospectifs pour envisager les facteurs d'attractivité de demain
Quels seront les facteurs qui pourraient jouer un rôle significatif dans l'attractivité des territoires, à l'horizon 2015 ? Cinq variables d'environnement influant sur les facteurs d'attractivité sont distinguées et leurs évolutions possibles dans les années à venir envisagées. Il s'agit des évolutions des technologies, du système économique, de la mondialisation, du système politique et de la vie sociale. Pour chaque variable, quatre hypothèses d'évolution ont été posées, selon que les transformations à l'oeuvre se poursuivent, s'accélérent, s'arrêtent ou bifurquent.
Quatre scénarios ont été dessinés, représentant quatre images typées d'évolution des variables d'environnement influant sur les facteurs d'attractivité de demain.
- Dans le scénario du "Marché dominant" prévalent les logiques marchandes et financières. L'ouverture croissante des économies s'accompagne d'une suprématie des intérêts des oligopoles. Un nouveau système technologique apparaît, plus immatériel, qui crée des ruptures dans les façons de vivre et de produire, entraînant la création de nouvelles activités et des difficultés dans les activités dominantes actuelles. La régulation politique, brouillée, a des difficultés à maintenir la cohésion sociale de sa population et l'équilibre de son territoire. On assiste à une fragmentation sociale et territoriale.
- Le scénario "Repli ou pause" repose sur l'hypothèse d'une limitation de la diffusion des technologies du fait de leur faible appropriation par les entreprises et les usagers. A la suite d'un événement majeur (crack financier, crise politique,...), la mondialisation des économies connaît un recul et on assiste à un encadrement réglementaire des activités économiques par l'Etat. Le recours à l'Etat central est sollicité comme le garant ultime contre les risques ; l'Europe est affaiblie. La société se replie sur ses groupes (ethnie, famille, appartenances locale ou régionale) et les demandes de sécurité s'intensifient.
- Dans le scénario de la "Croissance négociée", les technologies récentes continuent de diffuser dans différents domaines d'application, sans que de nouvelles innovations radicales apparaissent. L'économie est négociée entre les partenaires sociaux, au sein des branches, des professions, des entreprises, dans un cadre national, rendant possible le maintien d'une économie de marché compatible avec une cohésion sociale et un espace équilibré. La mondialisation est forte, tout en étant négociée par les blocs régionaux au sein des institutions supranationales. L'Europe est intégrée et s'appuie sur les Etats nationaux.
- Le scénario des "Contrastes" est celui dans lequel coexistent des éléments de dynamisme des formes de régulation, tant au plan local qu'au niveau européen. Le développement des technologies est différencié selon les domaines et les grandes finalités d'applications humaines (santé, énergie,...). La mondialisation s'établit entre les blocs régionaux (UE, ALENA,...). L'économie des compétences s'affirme, avec une compétitivité des entreprises s'appuyant de plus en plus sur la différenciation des produits et des services. De nombreux systèmes productifs locaux émergent. Les forces dominantes sont celles des territoires et des aspirations des populations. Les capacités de gouvernance se renforcent dans une Europe intégrée et décentralisée. Enfin, la société est ouverte.
La coopération interrégionale au service de l'attractivité des régions atlantiques
Ces quatre scénarios impliquent des variantes dans les évolutions possibles des facteurs d'attractivité des territoires. Ils permettent aussi de mettre en évidence des points communs qui servent de fils conducteurs pour bâtir des stratégies. La coopération interrégionale : opportunité déterminante pour les régions atlantiques La coopération interrégionale constitue une modalité indispensable de renforcement des politiques d'attractivité car elle permet d'obtenir plusieurs effets :
- Des effets de taille, grâce aux coopérations engagées entre des acteurs aux fonctions semblables et établissant entre eux des rapports de collaboration. L'ambition de telles pratiques est d'atteindre les "tailles critiques" sans lesquelles un certain nombre de fonctions ne pourraient se développer de façon efficace et/ou à moindres coûts.
- Des effets de complémentarité, à partir des relations développées entre des acteurs aux fonctions spécialisées et différentes, concourant ensemble à la réalisation de projets.
- Des effets de lisibilité aux niveaux international et national, permettant aux régions atlantiques d'affermir une image commune. La recherche d'investisseurs internationaux ou le développement d'une clientèle touristique internationale, par exemple, nécessitent en effet que soient renforcées les représentations communes à l'ensemble des régions atlantiques.
- Des effets de lobbying, permettant non seulement de faire pression, à plusieurs, auprès des décideurs de politiques nationales ou européennes, mais aussi d'afficher une nouvelle approche des problèmes dans un ensemble élargi.
Neuf priorités de coopération pour créer des ressources d'attraction spécifiques
- La formation et le renforcement des compétences humaines constituent dans tous les scénarios un avantage comparatif décisif. Il s'agit de préparer chacun, à partir d'une formation de base solide et épanouissante, à s'insérer dans le tissu économique et social et à être capable de s'adapter tout au long de sa vie aux mutations technologiques et organisationnelles qu'il pourra connaître. Les domaines de la coopération interrégionale concernent en particulier les formations aux métiers de la mer et du transport maritime, la promotion de l'université numérique, la mise en réseau interrégional des universités, ...
- La force d'attraction des régions atlantiques se déterminera en outre dans leurs capacités à produire des savoirs, ou à participer à une production globale des savoirs et à les diffuser. Le développement d'un potentiel de recherche et d'innovation passe en particulier par une coopération accrue entre les centres de recherche des régions atlantiques, une meilleure lisibilité des compétences développées, la création de groupements régionaux ou interrégionaux de recherche autour de thèmes fédérateurs. De ce point de vue, la coopération interrégionale privilégiera les thématiques correspondant aux préoccupations scientifiques et techniques telles que les sciences du vivant, l'environnement, l'informatique et les télécommunications, les nouveaux matériaux et la mécanique. Le couplage et la coopération beaucoup plus forts entre les centres de recherche et les divers centres de transfert de technologie, associés à une plus grande articulation, apparaissent aussi nécessaires.
- L'attractivité des régions atlantiques requiert la consolidation de ses pôles d'excellence (cités plus haut) et le soutien aux échanges extérieurs pour contribuer au processus d'ouverture internationale des régions atlantiques.
- L'intégration des régions atlantiques aux courants d'échanges européens et internationaux s'impose car les infrastructures des régions atlantiques s'inscrivent aujourd'hui surtout dans des stratégies anciennes. La stratégie de développement des transports doit se situer dans la perspective de faire des régions atlantiques un ensemble central, à la fois "porte ouverte" sur le monde et élément majeur d'une stratégie de l'Ouest européen. Pour cela, deux objectifs simultanés doivent être visés. Il s'agit d'accéder plus aisément aux centres économiques de l'Europe (se situant sur un axe Londres - Milan) par un renforcement des liaisons Est-Ouest et Nord-Sud, améliorant aussi les relations internes aux régions atlantiques. Cela concerne les stratégies routières, ferroviaires et aériennes. Il s'agit également de promouvoir le développement concerté des ports français de la façade atlantique en développant une stratégie portuaire de complémentarité et une offre portuaire d'envergure internationale atlantique face à l'hégémonie des ports de la Mer du nord.
- Il ne saurait y avoir de territoire atlantique attractif si la vie culturelle n'y est pas et n'y apparaît pas comme dotée d'un dynamisme et d'une modernité habituellement attendus des métropoles. L'affirmation de la diversité culturelle, à rebours d'un repli identitaire ou passéiste, doit devenir l'un des moteurs d'une nécessaire ouverture au monde contemporain. Une coopération interrégionale est indispensable pour travailler à l'organisation d'échanges et d'une communication concertée, mais aussi pour promouvoir des manifestations et des outils culturels partagés capables, par leur excellence, de produire un effet d'entraînement et de manifester à l'étranger une image prestigieuse des régions atlantiques.
- La qualité de la vie des régions atlantiques peut aussi constituer un facteur de différenciation territoriale remarquable par rapport aux autres régions d'Europe. Fortes d'atouts liés notamment à la vitalité de leur tissu associatif et mutualiste, au dynamisme du développement des services aux personnes, à l'existence de sites de prédilection pour le développement d'activités de loisirs, à la présence d'un cadre rural dynamique, les régions atlantiques doivent promouvoir et renforcer ces acquis, fortifiant ce faisant la cohésion sociale et le dynamisme local.
- La mise en valeur et la préservation de l'environnement sont constitutives d'un cadre de vie attrayant pour les populations. De même, les entreprises devront s'assurer d'une image positivement identifiée du point de vue environnemental. Elles risquent d'éviter d'associer leur nom à des territoires réputés peu soucieux de cet enjeu, face à des consommateurs de plus en plus préoccupés par les questions écologiques et de sécurité alimentaire. Or, les régions atlantiques sont dotées d'espaces naturels et littoraux sensibles, d'une grande richesse et d'une grande diversité et il importe de développer une politique environnementale active pour la mise en valeur et la sauvegarde de ces atouts.
- L'aménagement d'un espace de qualité, fondé sur un système urbain organisé est à valoriser car les régions atlantiques bénéficient d'une armature urbaine relativement équilibrée, fondée sur un modèle de qualité de vie humaine, conviviale et moderne, qu'elles doivent renforcer en tant que système d'aménagement susceptible de faire obstacle à la dynamique d'attraction des grandes métropoles urbaines du cœur de l'Europe.
- Une bonne organisation du jeu des acteurs sera indispensable au renforcement de l'attractivité des régions atlantiques. L'intensité des relations entre les acteurs apparaît en effet une source essentielle de création de ressources spécifiques dans les territoires. Ces relations concernent à la fois des types d'acteurs différents (politiques, socioprofessionnels…), des domaines conjoints (l'emploi et la formation, la recherche et le milieu culturel…) et des articulations territoriales variées (niveau très local, comme niveau interrégional).
|