Selon les climatologues de la NASA, il faut remonter à l’ère du pliocène, il y a de cela 4 millions d’années, pour retrouver une concentration atmosphérique en dioxyde de carbone (CO2) aussi élevée que celle enregistrée en mai 2022. Autrement dit, jamais depuis l’apparition sur Terre d’Homo habilis, les êtres humains n’ont eu à opérer une telle adaptation pour préserver l’espèce, a fortiori dans un temps aussi court.

À leur tour, élus et dirigeants doivent aujourd’hui faire face à des enjeux dont la complexité historiquement inédite appelle des arbitrages de plus en plus difficiles : alors que l’urgence climatique et la fragilisation des écosystèmes exhortent à sanctuariser, voire restaurer, les milieux naturels pour gager l’avenir des jeunes générations, la croissance de la population et celle de l’économie, elles, enjoignent de développer ensemble l’habitat, l’accès à l’énergie, les mobilités, le transport et les autres infrastructures de services.

De la même façon, si les enjeux du changement climatique imposent de réduire rapidement et fortement les émissions de gaz à effet de serre, les politiques d’orientation et d’aménagement permettant d’atteindre une telle inflexion exigent, pour avoir un impact, d’être menées sur un temps long. Or, par leur mandat, les élus n’en disposent pas.

Enfin, tandis qu’il revient aux collectivités d’impulser des mesures d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre tout en engageant l’adaptation du territoire aux impacts du changement climatique, elles ne maîtrisent ni l’évolution du phénomène global, ni le niveau d’investissement des acteurs économiques, ni le consentement des consommateurs à ajuster leurs modes de vie aux objectifs fixés par l’Accord de Paris.

Pour aider élus et dirigeants à accomplir leur mission en conciliant au mieux les enjeux de court, moyen et long termes, il est donc indispensable qu’ils disposent de données scientifiques sur la contribution du territoire aux émissions de CO2, mais aussi sur sa vulnérabilité face au changement climatique et à ses impacts. C’est la vocation des travaux du GIEC des Pays de la Loire dont on trouvera ici la synthèse du premier rapport.

Largement dédié à l’étude du système alimentaire de la région, à son aménagement et à son développement industriel, ce premier opus sera également bientôt assorti d’un ensemble de préconisations. Collectivement rédigées par les scientifiques du GIEC des Pays de la Loire, ces recommandations destinées aux élus et dirigeants ligériens ont pour vocation de prioriser les actions permettant de limiter l’impact climatique de la Région, mais aussi d’en améliorer la résilience à l’instar du chapitre III du 6è rapport du GIEC International paru en avril 2022.

Puisse alors l’ensemble des acteurs du territoire s’en saisir pour réduire les risques croissants auxquels l’agriculture, la pêche, le tourisme littoral, l’habitat et l’industrie se trouvent exposés. Comme le rappellent les experts du GIEC International, face à la menace accrue des aléas climatiques et à leurs impacts possibles sur la santé, l’emploi, l’alimentation et la sécurité des populations, chaque dixième de degré compte.

C’est pourquoi il n’est désormais plus d’autre option que la mise en œuvre de politiques ambitieuses, concertées et collectives par toutes les parties du territoire, élus, citoyens, acteurs économiques et associations. Que la région en soit le chef d’orchestre et que les scientifiques du GIEC International en facilitent la définition : tel serait le prolongement naturel de ce document dont on peut aussi espérer qu’il sera enrichi par d’autres études thématiques et approfondi à la faveur d’un plus grand nombre de données régionales chiffrées. Pour cela aussi, le GIEC des Pays de la Loire, les scientifiques qui le composent, les acteurs externes qui contribuent à ces travaux et le Comité 21 qui les coordonnent se tiennent prêts. Qu’ils en soient ici remerciés.

Bonne lecture !

Virginie Raisson-Victor

Présidente du GIEC des Pays de la Loire

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Gies des pays de la loire