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Réflexions, avis et propositions pour l’avenir de la région

Date de parution : 08 juillet 2013

Conférence : Savoir et connaissance, qu'est-ce que le numérique change ?

Animée par Leila Chergui, membre du CESER, en la présence de Morgan Magnin, maître de conférence à l’École Centrale de Nantes, spécialisé dans les TIC dans l’enseignement supérieur, Yves Nivelle, chargé de la mission « usages numériques dans les lycées » pour la Région des Pays de la Loire, participant au développement de l’E.N.T. e-lyco et Dominique Pécaud, maître de conférence et épistémologue à l’école Polytech Nantes, Directeur de l'Institut de l'Homme et de la technologie.

 

Pour comprendre le basculement que nous vivons à travers la démocratisation du numérique, il faut revenir sur l’innovation que fut l’imprimerie. Lorsque la bible n’était pas imprimée, les gens d’église étaient des diffuseurs de connaissance qui s’adressaient à des gens qui, à travers cette diffusion verticale d’une interprétation, ne pouvaient pas avoir leur propre vision, leur propre image de ce que nous pourrions appeler un savoir. L’imprimerie a créé une révolution en permettant une large diffusion du contenu et donc l’ouverture aux interprétations.

 

Quels sont les usages du numérique dans l’enseignement supérieur ? Les étudiants emmènent leurs propres périphériques, téléphones, ordinateurs portables, …. Selon l’enseignant, il y a soit une interdiction totale de ces derniers soit une ouverture vers ces outils afin de dynamiser le cours, via un contrôle de contenu, de définitions, des outils de vote en ligne.

 

Au Lycée, les étudiants sont équipés d’outils communs pour pouvoir contrôler et maîtriser les usages. Ces derniers sont divers et dépendent de l’écosystème local, les enseignants, les élèves et la direction. Il faut faire cependant attention aux inégalités d’accès, moins présentes dans le supérieur.

 

Mais qu’impliquent ces nouveaux usages et nouvelles pratiques ? Est-ce le signe du renforcement de masse sous une connaissance universelle et anonyme ? On soulignera aussi le fait que la prise de parole et la citation caractéristique de l’internaute finit par perdre la référence du premier auteur. La référence disparaît alors mais le contenu est partout. Son omniprésence et son accessibilité ne serait-elle pas des freins aux mouvements de pensée ?

 

 

Présentation de l’ENT.

L’E.N.T. est un Environnement Numérique de Travail qu’on peut aussi mentionner sous la forme d’un environnement collaboratif de travail. Le principe est de créer une plate-forme accessible à tous depuis une connexion internet. Cette plate-forme nécessite une authentification de l’utilisateur, qu’il soit parent, professeur ou étudiant. Une fois identifié et selon sa catégorie, l’utilisateur a accès à différents modules.

 

Ces derniers peuvent être des agendas numériques, du partage de fichiers, une messagerie permettant de contacter les professeurs/élèves, des exercices, un contrôle du temps de travail à la maison, … Les usages ne sont pas définis et émergent en fonction des utilisateurs. Ils sont difficilement appréhendables.

 

L’outil e-Lyco est commun à tous les lycées et collèges des Pays de la Loire (pour les établissements publics) et est donc un point d’ancrage pour les étudiants qui évoluent dans leur scolarité et les professeurs qui mutent entre les différents établissements de la Région. Les élèves sont formés à cet outil ce qui leur permet d’en avoir un usage sécurisant. En ce qui concerne la pratique, l’âge n’est pas un facteur d’utilisation mais on se penchera plutôt sur l’état d’esprit de l’usager.

 

 

Présentation des M.O.O.C.

Un M.O.O.C. est un cours en ligne ouvert à tous (Massive Open Online Courses). Il permet à tous d’apprendre en ligne sans rencontres en présentiel avec un enseignant. Ce sont des cours qui sont surtout dispensés dans le supérieur, notamment dans les universités et particulièrement dans celles américaines où les étudiants venant du lycée sont déjà familiers avec ces pratiques.

 

Le coût d’un M.O.O.C. oscille entre 30 000 et 100 000€ ce qui correspond majoritairement au coût des enseignants qui alimentent le cours et le préparent. Pour créer 30h de cours pour un étudiant, les professeurs du M.O.O.C. passent près de 200h chacun. Le public de ces cours est varié et n’est pas seulement constitué d’étudiants souhaitant diversifier leur parcours mais aussi de personnes en activité. Sur les participants à ces cours, le taux d’abandon par rapport à l’inscription est de 90%. Il faut cependant mettre ce chiffre en regard du type de cours. Les gens s’inscrivent souvent « pour voir » mais ne participent pas au cours.

 

Il faut faire la différence entre xMooc et cMooc. Le premier est un cours en ligne constitué d’un contenu « de référence » à partir duquel les élèves travaillent, réalisent des exercices, regardent des vidéos de contenus, … Le second est un cours possédant une trame de base mais dont le contenu est créé de manière collaborative par les étudiants. Selon le thème étudié et le résultat souhaité, le type de cours oscille entre xMooc, cMooc ou un équilibre ad hoc.

 

Ces cours posent cependant des questions quant à la certification et la validation des acquis, des connaissances ainsi qu’à l’ouverture de ces cours et du contenu mis à la disposition des élèves. L’exception pédagogique française concernant les droits d’auteur n’a plus lieu d’être lorsque le cours est ouvert à un potentiel de milliers d’élèves.

 

 

Face à ces outils, nous sommes à même de nous poser de nombreuses questions :

  • Le savoir et la connaissance
    • Quelle construction du savoir ? Comment faire pour créer ?
    • Nous sommes passés dans une nouvelle phase pour la connaissance. Le numérique comme basculement après l’imprimerie.
    • Aujourd’hui avec le numérique, les enseignants ne sont-ils pas présents, à défaut d’enseigner des connaissances, pour construire l’individu ? « Le maître ignorant » est peut-être la figure de l’enseignant aujourd’hui.
    • Le problème des sources. Lorsqu’on ne cite pas, qu’on ne met pas les références, nous perdons le côté humain de la création du savoir. De manière un peu forte, « Quand on ne cite pas ses sources, on détruit l’humanité » (D. Pécaud).
  • Les usages
    • L’impossibilité de décréter l’appropriation des objets techniques/pédagogiques.
    • La question du multitâche dans les usages, sensibiliser à la concentration et la focalisation.
    • Les étudiants doivent aussi être sensibilisés à l’utilisation d’internet et des nouveaux outils du numérique, des espaces de travail, à l’esprit critique et au recul par rapport au savoir qui lui est proposé. Cela favorisera l’émergence de nouveaux usages.
    • Aujourd’hui, il faut former les enseignants à utiliser ces nouvelles technologies, à « comprendre » la culture numérique. Il y a un enjeu de diffusion et de familiarisation aux nouveaux usages.
  • L'anticipation
    • Nous parlons en termes d’innovation mais nous raisonnons sur l’instant présent. Peut-on anticiper l’avenir à 20 ans ?
    • Avons-nous vraiment conscience de ce qui se passe ? On commence aujourd’hui, à l’aube d’une nouvelle révolution, du basculement réalisé par l’invention de l’imprimerie.
  • Autres
    • Les outils institutionnels ne peuvent pas rivaliser avec les outils « industriels » (type Google), pour des raisons de moyens, et de buts recherchés. Un équilibre va devoir se créer entre l’utilisation de produits industriels qui correspondent à ce qui est recherché par l’utilisateur (ergonomie, simplicité) et l’attente de ces derniers de solutions équiva-lentes de la part des institutions.
    • Quel avenir pour les cours en ligne ? L’abandon ne reflète-t-il pas un manque d’accompagnement des élèves (Conseil Régional des Jeunes) ?
    • L’espace de classe sera sûrement modifié pour s’adapter à la nouvelle diffusion du savoir et à l’émergence d’intelligence collective.

 

En conclusion, nous pouvons retenir que nous ne comprenons pas aujourd’hui l’ampleur de ce que modifiera le numérique dans notre monde. À l’instar de l’imprimerie, nous vivons une révolution que nous ne pouvons pas encore appréhender. Le numérique continue de détruire le côté sacré de la connaissance, dans le sens de l’inaccessibilité, de ce que nous n’avons pas le droit de toucher. Les gens sont libres d’accéder au savoir et de l’interpréter. Il faut cependant se demander si les espaces collaboratifs permettent d’organiser ces interprétations.

 

Photo :
Couverture : le pôle des arts de la Joliverie - Crédit : PB Fourny - Région des Pays de la Loire
Article : Hervé Pillaud, CESER des Pays de la Loire

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