• Suivre le Ceser sur Dailymotion
  • Suivre le Ceser sur Twitter
  • Contacter le CESER
  • publcation

Réflexions, avis et propositions pour l’avenir de la région

Date de parution : 17 juin 2004

Les enseignements de la canicule de l'été 2003 dans les Pays de la Loire (juin 2004)

La première quinzaine du mois d'août 2003 a été marquée en Europe par une canicule qui a frappé les esprits en provoquant en France 15.000 décès. Le Président du Conseil régional des Pays de la Loire a confié au Conseil économique et social régional le soin d'en analyser les conséquences dans la région, pour en tirer les leçons pour l'avenir.

 

Suite à la dramatique canicule qui, en août 2003, a provoqué en France 15 000 décès, le Conseil économique et social régional des Pays de la Loire s'est vu confier, à la demande du Conseil régional, une étude sur les conséquences dans la région en vue d'aboutir à des préconisations d'action.

 

La canicule 2003 illustre bien le phénomène du réchauffement de la planète : en 50 ans, les surfaces enneigées ont diminué de 10 % et les glaces de l'océan Arctique ont perdu 40 % de leur volume. Depuis 10 ans, la fréquence des inondations, des tempêtes et des sécheresses a doublé. Il est désormais prouvé que ce réchauffement est directement lié à l'activité humaine au travers des émissions (dioxyde de carbone, de méthane et d'oxyde d'azote) issues des activités industrielles, du trafic routier, des habitations, de la production thermique d'électricité et de l'agriculture.

 

 

Un impact très fort sur la santé

La canicule d'août 2003 a eu pour première conséquence de mettre en danger la santé des personnes, notamment âgées ou fragilisées. Selon l'Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM), sur la période du 1er au 20 août, la région des Pays de la Loire a comptabilisé 2 399 décès, soit un excédent de 968 décès (+ 65 %) par rapport à une situation L'étude "Les enseignements de la canicule de l'été 2003 dans les Pays de la Loire" a été réalisée par un groupe de travail inter - commissions. normale à la même époque. Avec plus de 70 % de taux de surmortalité, c'est la tranche d'âge des 75 ans et + qui a été la plus frappée.

 

Le nombre des décès serait supérieur dans les établissements sanitaires, davantage encore dans les établissements médico-sociaux à faible encadrement et plus encore dans les territoires où le suivi à domicile est faiblement structuré.

 

Ressource en eau : un bilan contrasté

Le faible débit constaté dans la plupart des cours d'eau de la région a nécessité des mesures de restriction. Totales et sévères en Loire-Atlantique et en Vendée, ces restrictions ont été sensibles en Maine-et-Loire et en Mayenne et moins significatives dans la Sarthe.

 

Forte mortalité des poissons Si l'impact de la canicule a été pratiquement nul pour le gibier, les faibles débits des ruisseaux et rivières conjugués aux fortes températures ont entraîné d'importantes mortalités piscicoles et fortement pénalisé leur reproduction.

 

Les forêts ont plus souffert dans l'intérieur des terres que sur la côte. Il est à craindre un phénomène identique à celui qui avait été constaté après la sécheresse de 1976, à savoir une mortalité exceptionnelle au cours des années qui ont suivi.

 

 

La qualité de l'air : des taux d'ozone records

Début août, le dispositif de mesure "Air Pays de la Loire" a enregistré des taux d'ozone supérieurs à 240 µg/m3 en moyenne sur une heure. Jamais depuis sa création, des niveaux si élevés, si persistants et si étendus au niveau géographique n'avaient été observés dans les Pays de la Loire. Ces concentrations résultent de l'addition d'une production locale de polluants et d'un apport extérieur provenant des grandes métropoles européennes et des bassins industriels situés au nord et à l'est des Pays de la Loire (agglomération parisienne, Benelux, Angleterre, Ruhr, etc.).

 

 

Une production végétale réduite

Dans les Pays de la Loire, les effets climatiques de 2003 sur les activités agricoles ont été très inégaux. Le rendement des grandes cultures a faiblement baissé. En contrepartie, les céréales ont souvent connu une meilleure qualité.


Les prairies ont beaucoup pâti de la sécheresse notamment en Vendée avec des baisses de rendement de 30 %. Des achats de fourrages ont été nécessaires pour nourrir exceptionnellement les animaux pendant la canicule, grevant d'autant les résultats financiers.

 

Parmi les productions de fruits et légumes, les pommes et les poires du Val de Loire ont le plus souffert, tout comme certaines productions horticoles, notamment le cyclamen, où des pertes allant de 15 à 20 % ont été enregistrées.


Seul grand bénéficiaire de cette canicule, les vignobles de la région, avec une qualité de vendange jugée exceptionnelle.

 

 

Une calamité pour les élevages spécialisés

Les conséquences les plus importantes ont été observées dans les élevages spécialisés (volailles, porcs, lapins et dans une moindre mesure, bovins). Les pertes dans ces secteurs sont estimées par la Chambre régionale d'agriculture à 1,25 million de volailles de chair, 126 000 poules pondeuses et reproductrices, 76 000 lapins et 17 000 porcins, soit une perte financière totale évaluée à près de 6,5 millions d'euros.

 

 

Entreprises : une adaptation rapide

Les entreprises ont vite réagi en adaptant et en modifiant leurs horaires de travail pour éviter les pics de chaleur et en appliquant la législation en vigueur : mise à disposition d'eau fraîche, ventilation, renouvellement de l'air...


Selon une enquête nationale, 31 accidents liés à la canicule (déshydratation, coups de soleil ou crampes, hyperthermie) ont été signalés dans les Pays de la Loire, dont trois mortels.

 

 

Energies : les Pays de la Loire s'en sortent mieux

Les principaux effets de la canicule et de la sécheresse de l'été 2003 concernent l'électricité, avec des difficultés de production dans toute l'Europe, engendrant des coûts d'achat prohibitifs.

 

Les Pays de la Loire s'en sortent plutôt mieux que la plupart des autres régions françaises, en raison d'une ventilation naturelle des installations de production, proches de la mer.

 

 

Culture : les visiteurs en quête de fraîcheur

Les difficultés rencontrées par le monde du spectacle vivant au cours de l'été 2003 rendent difficile la mesure de l'impact de la canicule. Les musées, monuments, zoos et aquarium, parcs et réserves naturelles ont enregistré des baisses de fréquentation variables, le facteur déterminant étant l'existence ou non d'ombrages et de plans d'eau. L'hôtellerie de plein air a plutôt bénéficié de la canicule avec une augmentation de fréquentation de l'ordre de 7 % sous la forme d'une prolongation des séjours.

 

Fort de ce bilan, le CESR préconise les actions suivantes, partagées par de nombreux observateurs et déjà engagées pour beaucoup.

 

 

Appréhender la gestion du risque : l'alerte sanitaire

Le rapport de la commission d'enquête de l'Assemblée nationale met en évidence la nécessité d'une politique générale de prévention des risques en matière sanitaire, pour les personnes dépendantes notamment. En matière d'hospitalisation, il est devenu indispensable de mettre en place un système de prévention à l'hospitalisation. Il conviendra de diffuser des consignes claires aux personnels soignants : méthodes de rafraîchissement (gants de toilette humides, ventilation...), hydratation et alerte si besoin. En cas de maintien à domicile, les auxiliaires de vie ont un rôle déterminant. Leur travail serait facilité par le développement de la téléassistance.

 

Les services de l'Etat doivent jouer un rôle de centralisation des informations pour les instruire et déclencher l'alerte canicule. Pour être efficace, cela nécessite de recenser, commune par commune, les personnes fragilisées.

 

 

Une meilleure prise en compte du vieillissement de la population

La canicule a révélé un véritable déficit en matière d'emploi du secteur sanitaire et social. Les raisons sont connues : augmentation des besoins liés à la démographie, allongement de la durée de la vie et développement du maintien à domicile. C'est un vrai défi d'organisation, de recrutement et de formation pour les acteurs privés, associatifs et publics en charge de ces populations. Le développement des programmes de formation et des démarches de coordination des acteurs du soin et du social agissant à domicile ou dans les établissements devient urgent. La Région en partenariat avec les Départements doit travailler à la promotion des emplois de ce secteur. Ceci suppose un encouragement des jeunes et des adultes à découvrir ces métiers, une valorisation des professions en améliorant les conditions de travail et les niveaux de rémunération, une formation, en particulier par alternance.

 

Ceci nécessite également la mise en place de filières qui permettent des évolutions de carrière et des transferts d'un secteur à l'autre (personnes âgées, enfance, handicaps...). Enfin, en particulier en zone rurale, il est nécessaire d'organiser une meilleure permanence des soins, par une autre organisation des gardes et de veille médicale.

 

 

L'adaptation de l'habitat et la maîtrise de l'énergie

Dans les pays chauds, il existe des formes d'habitat et d'urbanisme adaptées : ventilation naturelle, isolation et protections solaires, ombrages, etc. Le CESR préconise ainsi de s'inspirer de ces exemples et de développer un urbanisme plus végétal.

 

La climatisation ? Elle n'est pas la panacée. Solution coûteuse en investissement comme en fonctionnement, elle apporte un certain bien-être mais peut engendrer le développement de pathologies. De plus, elle est source de pollution de l'air et de consommation d'énergie. C'est donc avec prudence et sans généralisation hâtive qu'elle doit être préconisée, précise le rapport du CESR.

 

En revanche, la promotion des normes de construction à "Haute qualité environnementale" (HQE) mérite d'être développée. Elles permettent en effet d'économiser l'énergie par isolation et d'assurer un développement durable (lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, développement des écoproduits, tri des déchets de chantier, économie d'eau, etc.). En contrepartie de coûts d'investissement plus élevés, elles génèrent une réduction des coûts de fonctionnement.

 

 

La ressource en eau

Pour satisfaire les futurs besoins en eau, le CESR propose de :

  • gérer les barrages réservoirs de façon à ce qu'ils soient remplis au moins à 90 % en juin,
  • poursuivre l'évaluation des quantités d'eau disponibles,
  • améliorer les interconnexions des réseaux existants,
  • réduire de façon drastique les déperditions d'eau lors de son traitement (7 % de perte) et de sa distribution (20 % de perte),
  • optimiser la gestion collective de l'irrigation.

 

Ces mesures d'économie d'eau, et de meilleure gestion de l'existant sont un préalable avant d'étudier éventuellement la faisabilité d'un ou de deux nouveaux barrages en Vendée.


Il est indispensable de veiller à l'équilibre entre les prélèvements d'eau et la préservation des écosystèmes aquatiques, conformément à la directive cadre européenne sur l'eau du 23 octobre 2000. Cela n'est pas sans conséquences dans les secteurs où aujourd'hui un déséquilibre chronique perdure entre le volume des prélèvements et la ressource disponible, générant des pollutions préjudiciables. La gestion quantitative de la ressource constitue donc, particulièrement dans notre région, un enjeu directement lié à celui de la reconquête de la qualité des eaux. Par ailleurs, une action agri-environnementale mérite d'être conduite pour restaurer et entretenir les mares et autres points d'eau stagnante ou mal oxygénés, qui sont des éléments très favorables au développement de la faune sauvage.

 

 

Qualité de l'air : sur la bonne voie

La prévention des épisodes de pollution passe par une réduction pérenne à l'échelle de toute l'Europe, des émissions polluantes. Un programme français prévoit de diminuer de 40 % les émissions françaises de composés organiques volatils (COV) et de 50 % les émissions d'oxydes d'azote.

 

Le secteur industriel de la région des Pays de la Loire montre le chemin puisque, d'ores et déjà, les rejets de COV des installations classées prioritaires ont décru de 40 % entre 2000 et 2002.

 

 

Agriculture : tirer les leçons de 2003

L'importance des effets de la canicule est souvent fortement liée à la densité des élevages et aux équipements. Il convient de dresser un comparatif par système de production et par niveau d'équipement des bâtiments.

 

Ainsi des recommandations seront faites en faveur de systèmes de productions les moins sensibles et les plus adaptés.


Les préconisations recensées sur le terrain et présentées ci-après visent essentiellement à tempérer les effets de nouvelles canicules à systèmes de productions identiques :

  • diminuer les taux de chargement en animaux,
  • éviter les arrosages sur les bâtiments ne disposant pas de système de ventilation,
  • accroître la ventilation et associer des systèmes de brumisation,
  • mettre en place des systèmes d'alerte par capteurs (humidité, température) asservis à la ventilation,
  • disposer d'un groupe électrogène pour maintenir la permanence de la veille et des systèmes de rafraîchissement en cas de délestage du réseau électrique, ce qui, il faut le noter, induit une augmentation des consommations d'énergie,
  • modifier le régime alimentaire des animaux : réduction de l'alimentation, augmentation de l'abreuvement et supplémentation vitaminique,
  • contracter des assurances.

 

 

Energies : mieux anticiper les crises

Dans la perspective d'une consommation accrue et d'une probable répétition de ce type d'événement climatique, il est nécessaire de réviser les systèmes d'anticipation et de gestion de crise. Le CESR avance quelques préconisations :

  • étendre à toute l'année les plans de délestage en cas de circonstances exceptionnelles, en redéfinissant les personnes prioritaires,
  • mettre en oeuvre des modalités d'effacement négociées avec les principaux "grands industriels" consommateurs d'énergie ayant des moyens de production autonomes,
  • gérer sur toute l'année les arrêts de tranches des centrales, en particulier nucléaires,
  • améliorer la communication des acteurs énergétiques vers les Collectivités locales,
  • mettre en place un réseau d'alerte et une astreinte au niveau local.

 

La canicule d'août 2003 ne sera sans doute pas exceptionnelle. Elle a révélé dans de nombreux domaines la nécessité de modifier fondamentalement et durablement nos modes de vie.

 

Cela implique la maîtrise de l'énergie, l'adaptation de l'habitat, le respect des règles de sécurité au travail, l'adaptation des modes de production, la maîtrise de la ressource en eau et la préservation de la qualité de l'air.

Contactez-nous !

une question, un projet, une commande papier de nos études & publications...

Nom*
Entrée non valide

Prénom*
Entrée non valide

Adresse*
Entrée non valide

Ville*
Entrée non valide

Code Postal*
Entrée non valide

Email*
Entrée non valide

Téléphone
Entrée non valide

Fonction
Entrée non valide

Objet
Entrée non valide

Message*
Entrée non valide

Entrée non valide

Création site internet : Agence web Images Créations